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Congrès 2022 de l'Association Française d'Etudes Américaines organisé à l'université de Bordeaux Montaigne

La tension entre l’autorité d’une parole et d’un pouvoir hérités et la quête d’une indépendance légitime traverse l’histoire et les cultures des États-Unis. Qu’il s’agisse de proclamer une indépendance politique, culturelle, intellectuelle, littéraire ou artistique par rapport à l’Europe ou d’affirmer une identité propre au territoire, les États-Unis n’ont cessé d’entretenir un rapport trouble à l’autorité – entendue ici principalement au sens d’auctoritas –, maintenant un état de crise dynamique soulignée par le congrès de 2019, qui s’intéressait aux notions de discipline et d’indiscipline. Comme le rappelle le numéro de la Revue Française d’Études Américaines intitulé « Qui a peur des nouveaux canons ? » (Félix et Perrin-Chenour, 2006), la légitimité tant politique que culturelle du pays devait se parer d’un canon. Celui-ci s’est révélé ambivalent en raison de son rapport au pouvoir et d’une « fétichisation » qui lui a conféré une légitimité contestée, mais aussi parce qu’il s’est approprié les marges tout en les excluant. C’est au prisme de la tension entre exclusion et appropriation que nous souhaiterions travailler les problématiques afférentes aux concepts de légitimité, d’autorité et de canon lors du 53ème congrès de l’AFEA.

L’élection puis la présidence de Donald Trump ont récemment projeté ces questions à l’avant-scène des débats politiques, culturels et intellectuels, mais aussi littéraires et artistiques, en raison de l’empreinte très forte que sa présidence a laissée dans l’imaginaire collectif. Figure extérieure à la sphère politique, Trump a fondé sa légitimité sur la persona de magnat de l’immobilier qu’il a façonnée grâce à la téléréalité, alors qu’il était en fait un homme d’affaires en faillite. À l’inverse il s’est imposé dans la course à l’investiture et s’est maintenu au pouvoir en contestant la légitimité de ses adversaires à prétendre à une quelconque autorité du fait de l’insuccès chronique qu’ils connaîtraient dans leurs domaines respectifs.

Au-delà des quatre années de sa présidence, Trump apparaît comme symptomatique d’un moment critique où la contestation des formes traditionnelles du politique, les mutations sociétales et l’accélération de l’innovation technologique engendrent des bouleversements de grande ampleur qui se manifestent, entre autres, par une crise de l’autorité et par la remise en cause des instances légitimantes traditionnelles. D’une certaine manière, ce moment de crise peut s’analyser comme la dernière itération d’un phénomène qui reflète quelque chose d’inhérent à la notion d’américanité et à l’identité étasunienne, et qui surgit et ressurgit tout au long de l’histoire du pays, dans tous les domaines de la culture. Au fond, toute l’expérience américaine peut être lue comme une quête de légitimité sans cesse renouvelée, dont le projet américain de « recommencer le monde », ainsi que l’écrit Thomas Paine au moment où s’amorce le processus révolutionnaire début 1776, semble condenser les enjeux.

La thématique invite à s’interroger sur la perpétuelle remise en cause de l’auctoritas et des canons et sur la façon dont s’établissent de nouvelles instances légitimantes, dans une culture où l’ethos de l’action fait de l’initiative individuelle et de l’éthique du travail des sources suffisantes de légitimité et où s’érigent et se construisent constamment des références nouvelles. L’examen des liens entre légitimité, autorité et canon amène également à se pencher sur la manière dont ces processus mettent en jeu les rapports de pouvoir, tout autant qu’il invite à explorer la crise des autorités, les questions de l’autorité usurpée et de l’illégitimité, les stratégies de délégitimation de l’autre ainsi que le déboulonnement des canons et la désacralisation des autorités établies. Plus globalement, le thème appelle à réfléchir à la façon dont ces processus construisent et infléchissent l’expérience américaine dans les domaines politique, littéraire, artistique, social, culturel, sociétal, historique, anthropologique, économique, ou encore épistémologique.

Conferência
Du 31 mai au 3 juin
Com o apoio do IdA
Organisateurs
Université Bordeaux Montaigne