Vous êtes ici

Perspectives décoloniales d’Abya Yala. Épistémologies, pratiques, savoirs

-A A +A

Séminaire « Perspectives décoloniales d’Abya Yala.

Épistémologies, pratiques, savoirs »

Organisatrices : Mina Kleiche (IRD), Lissell Quiroz (Université de Rouen Normandie)

Séminaire hébergé par l'Institut des Amériques (Institut des Amériques, Campus Condorcet, bâtiment de recherche sud, 6ème étage)

Présentation

Le séminaire propose un dialogue interdisciplinaire sur les théories, les pratiques et les savoirs décoloniaux d’Abya Yala (nom donné par le peuple autochtone Kuna au continent américain) en tant qu’idées, cosmogonies, expériences, discours et pratiques. L’idée du séminaire part du constat que les études décoloniales –champ de recherche développé dans les Amériques depuis les années 1990 – est mal connu en France alors même que le qualificatif « décolonial » se diffuse dans les espaces militants ainsi que dans la presse généraliste. En Amérique latine, le champ des études décoloniales s’appuie sur une pensée critique qui se positionne comme radicale pour dénoncer l’hégémonie culturelle de l’Occident. Ces travaux soulignent que la pensée occidentale moderne a gommé non seulement la participation de toute autre civilisation ou culture à la construction de la science moderne, mais a aussi exclu toute autre forme de savoir dans la construction historique du monde. Ils constituent aujourd’hui un ensemble de savoirs qui à la fois interroge les conditions de possibilités de l’émergence de savoirs pluriels et revendique la connaissance située. Les études décoloniales donnent notamment une place centrale aux modes d’existence ou modes de vie des populations discriminées (populations paysannes, autochtones, afrodescendantes, pauvres, femmes) comme autant de savoirs à prendre en compte dans les schémas explicatifs du monde et dans la construction d’une société nouvelle basée sur la justice épistémique, la décolonisation et le dialogue des savoirs et l’interculturalité. Le séminaire vise donc à mettre en discussion les études décoloniales d’Abya Yala, à souligner leurs apports comme savoirs afin d’en montrer le foisonnement épistémologique et l’importance de la praxis.

Lors de cette première année, le séminaire s’intéressera plus particulièrement à la dimension historique des études décoloniales. Nous constatons en effet que la conceptualisation de la colonialité mobilise fortement l’histoire mais que nous manquons encore de cas précis et/ou d’enquêtes de terrain historiques pour affiner et complexifier les propositions théoriques des universitaires et des militant·e·s de la décolonialité (plutôt spécialistes de philosophie, de sociologie et de sémiologie). La spécificité du rapport de l’Amérique latine, des Amériques, d’Abya Yala à la colonisation et de l’impact du système colonial sur la structuration du modèle de la science mondiale est au centre de la réflexion décoloniale. Dans un premier temps, nous partirons du concept central de colonialité et de la théorisation de la colonialité du pouvoir forgée par le sociologue péruvien Aníbal Quijano (1928-2018) qui mobilise fortement l’histoire. Il souligne les effets de la colonisation sur les identités culturelles des populations qui avaient été soumises. Nous verrons ensuite comment cette proposition théorique s’est élargie et articulée autour de différents axes : la colonialité du savoir, de l’être, du genre, de la nature, des modes de vie. Nous souhaitons discuter à partir de ce concept la proposition des études décoloniales sur l’idée des rapports entre expansion impériale, hiérarchisation des êtres humaines et exploitation de la nature ; l’impact du système colonial sur la structuration du modèle occidental de l’Etat-Nation et son lien avec la naissance du système actuel de la science mondiale.

Le séminaire aura une périodicité mensuelle et se composera de trois temps. Le premier analysera les concepts centraux des études décoloniales. Le deuxième proposera un échange et une discussion sur des textes produits à Abya Yala et traduits en français. Le troisième prendra la forme d’ateliers pour favoriser le dialogue et ouvrir des pistes de réflexion sur la colonialité/décolonialité.

Dernière mise à jour le 13/12/2019 - 17:57