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Retour sur "Tourisme et Covid dans les Caraïbes. Etat des lieux et perspectives"

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Les différents intervenants lors de la troisième table ronde du séminaire « Tourisme et Covid-19 dans la Caraïbe »

Les 28 mai, 02 juin et 10 juin 2021, le Pôle Caraïbe de l’Institut des Amériques et la FUNGLODE ont organisé une série de trois tables rondes portant sur les liens entre « Tourisme et Covid-19 dans la Caraïbe ». Ce séminaire en trois temps a permis de réunir 18 intervenantes et intervenants issus de l’ensemble du bassin caribéen. Chercheur.es universitaires et professionnels du tourisme ont discuté des enjeux relatifs à un secteur économique majeur dans la région, le tourisme, et ont réfléchi tant aux conséquences qu’aux perspectives ouvertes par la crise sanitaire mondiale.

La première table ronde, «L’économie touristique du bassin caribéen face à la Covid-19 : un état des lieux»  introduite par Laura Faxas, sociologue et coordinatrice de la Chaire Unesco/IGlobal-Funglode a permis de dresser un état des lieux de la situation du secteur touristique dans la Caraïbe dans un contexte mondial de pandémie. Rosajilda Vélez, économiste, a rappelé l’hétérogénéité de la Caraïbe, en soulignant que les petits pays insulaires ont été les plus durablement touchés par la chute du nombre de touristes alors que les économies les plus diversifiées (République dominicaine, Cuba, Porto Rico), s’en sont mieux sorties. Carlos De Peña Evertsz, sociologue à la FLACSO-RD a quant à lui souligné les conséquences en termes d’inégalités engendrées par la crise du tourisme dans la Caraïbe. Ces inégalités multiples (inégalités de genre, d’accès à l’emploi, d’âge…) doivent permettre de penser des modèles de durabilité adaptés au volet social du développement durable. Christian Girault, géographe et directeur de recherche émérite à l'IHEAL-CREDA, a quant à lui insisté sur la crise qu’a connu le secteur des transports dans la région, alors que les liaisons aériennes sont encore très fragmentées dans le bassin caribéen. Il a aussi souligné que l’un des nouveaux enjeux pour le tourisme caribéen est celui du tourisme domestique et du tourisme des diasporas, qui constituent une clientèle régulière pour les pays de la région. Enfin Clara Malbos, doctorante en anthropologie au CESSMA, a présenté le cas de Manahual, village de la côte mexicaine largement touché par le Covid-19 après l’arrêt des croisières internationales.

La deuxième table ronde du séminaire, «Gérer la crise et le tourisme en temps de crise : quelle(s) politique(s) dans la Caraïbe ?» a permis de réfléchir, dans une perspective comparatiste, aux différentes politiques mises en œuvre dans le bassin caribéen, à une échelle de temps courte, pour répondre à la crise touristique introduite par la Covid-19. La table ronde a été introduite et discutée par Éric Dubesset, latino-américaniste et professeur des Universités à l’Institut de recherche Montesquieu à Bordeaux. Sarah Sanchis, Directrice de l’Intelligence touristique au Ministère du tourisme de République dominicaine, a présenté la stratégie dominicaine d’adaptation à la pandémie, à travers les différents protocoles mis en place par le pays et validés à une échelle internationale. Michelle McLeod, professeure à l’Université des West Indies à Kingston, a ensuite présenté les politiques mises en œuvre dans la Caraïbe anglophone. Elle a insisté sur la nécessité de développer des politiques touristiques communes à l’ensemble du bassin caribéen et a aussi souligné l’importance de réfléchir à un espace aérien commun à la Caraïbe. Diana Prelorenzo, doctorante en économie à l'IHEAL-CREDA, a évoqué le cas spécifique du Mexique et de l’État de Quintana Roo, qui a continué d’accueillir des touristes internationaux malgré la pandémie mondiale, en adaptant les protocoles sanitaires. Enfin, Véronique Legris, professionnelle de l’hôtellerie à Saint-Martin, a présenté les enjeux spécifiques à cette île française, qui a connu depuis 2017 plusieurs crises successives (ouragan, crise sociale puis crise sanitaire) et a évoqué les perspectives de résilience de ce territoire spécifique, vers une adaptation de l’offre et une montée en gamme du secteur touristique. José Luis Perelló, professeur à l’Université de La Havane, n’a pas pu être présent depuis Cuba, mais il a pu envoyer des éléments d’analyse sur l’île. Il a notamment souligné l’enjeu de la récupération touristique pour Cuba et la nécessité pour l’île d’adapter son offre vers un tourisme de santé, Cuba ayant développé son propre vaccin contre la Covid-19.

Enfin, la troisième table ronde du séminaire «Crise, tourisme et développement durable : quelles perspectives ?» a permis de réfléchir aux perspectives induites par la pandémie mondiale. La crise semble avoir ouvert un espace de réflexion pour repenser les modèles de développement touristiques empruntés par les différents pays de la Caraïbe. Stéphane Faucher, président de Funglode France, a introduit la séance en rappelant les enjeux relatifs au tourisme durable et en citant notamment le cas pionnier du Costa Rica. Carlos Quenan, économiste à l'IHEAL et Vice-Président de l'Institut des Amériques a ensuite évoqué quelques-uns des grands défis qu’auront à relever prochainement les pays de la Caraïbe, dans un contexte de montée des tensions sociales et politiques ; il a notamment souligné l’importance de l’élaboration de politiques publiques comme élément stratégique pour sortir de la dépendance au tourisme. Olivier Dehoorne, géographe à l’Université des Antilles, a souligné que la crise du Covid-19 avait impliqué une pause forcée, permettant d’amorcer une réflexion sur les modèles de développement choisis dans les Petites Antilles, notamment Sainte-Lucie, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et la Dominique. Ces Etats insulaires ont été confrontés à une crise sociale importante, alors qu’ils sont largement dépendants du tourisme et en concurrence, contrairement aux économies plus diversifiées de République dominicaine ou de Cuba notamment. Cette crise sociale a essentiellement affecté les professionnels du tourisme travaillant dans des petits emplois, alors que le secteur du luxe n’a été que très peu touché par la crise. La question du bien-être ou « buen vivir » pourrait être une option pour repenser des modèles de développement touristique plus durables et davantage implantés dans le territoire, au plus près des acteurs et des communautés locales alors qu’un modèle de tourisme de masse, hors-sol, était jusque-là privilégié. Isabelle Delannoy, économiste, a ensuite présenté sa théorie de l’économie symbiotique. L’économie symbiotique implique un développement endogène, qui part des territoires et qui répond directement aux besoins des acteurs locaux, pour ensuite créer des flux exogènes sur ces territoires. Elle a présenté une étude de cas d’après un projet mené en Guadeloupe, où elle montre comment des acteurs très variés et aux intérêts parfois divergents s’orientent progressivement vers un tourisme plus qualitatif, selon une volonté commune. Le tourisme est alors associé à des projets d’agriculture locale ou encore de construction d’éco-bâtiment à l’échelle locale. Ces expériences contribuent à créer une identité territoriale forte pour les espaces qui s’engagent dans des projets d’économie symbiotique. Pascal Petit, économiste au Centre d'économie de Paris-Nord, a rappelé l’importance du lien social fort dans les îles des Caraïbes, qui peut être capitalisé afin de développer un tourisme plus durable. Il a aussi souligné que la situation de crise était une opportunité pour penser de nouvelles modalités de développement en accord avec la transition écologique. Elisabeth Barincou, professionnelle du tourisme à Saint-Martin, a ensuite présenté les défis auxquels se trouve confronté l’île et a évoqué les stratégies de repositionnement de la marque de l’Office de tourisme de Saint-Martin, vers un tourisme plus qualitatif et haut de gamme. Elle a aussi évoqué les enjeux du dark tourism et la volonté pour l’île de capter les « nomades itinérants » dans un contexte mondial de développement du télétravail suite à la crise sanitaire. Enfin Jacqueline Laguardia, économiste cubaine à l’Université des West Indies, a conclu le séminaire en insistant sur la nécessité d’intégrer les questions de genre dans la réflexion sur le tourisme, les femmes étant les plus affectées par la crise touristique mondiale. Elle a aussi souligné l’importance du développement du tourisme national, domestique et régional, comme solution à la crise. Elle a enfin rappelé que la Caraïbe est une région résiliente, habituée à gérer des situations de crise et d’urgence et qu’elle pourra sortir renforcée de cette pandémie. Le secteur du tourisme est également un secteur résilient et les politiques mises en œuvre par les différents pays, notamment de vaccination, pourront être une solution pour re dynamiser le secteur.

Les trois sessions ont été enregistrées et sont disponibles sur la chaîne Youtube de la Funglode. Le séminaire donnera lieu à la publication de trois articles dans la Revista Global, revue de la FUNGLODE. Il ouvre la porte à une série de réflexion sur la place du tourisme dans les modèles de développement caribéen et les conséquences socio-spatiales de ce secteur d’activité pour les sociétés caribéennes.

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