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L’art de la greffe dans l’œuvre de Jamaica Kincaid

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Corinne Bigot, Université Toulouse Jean Jaurès, CAS, EA801    


Invitées d’honneur : Carole Boyce-Davies (Cornell University) et Daryl Dance (University of Richmond).    


Colloque International organisé les 19 et 20 mai 2017 à Paris 8 et Paris-Sorbonne


L’art de la greffe  dans l’œuvre de Jamaica Kincaid

Transposée dans le monde de la botanique si cher à l’écrivain Jamaica Kincaid, la créolisation caractéristique des cultures caribéennes deviendrait l’art de la greffe. Un pied-de-nez à un passé traumatique, dans des îles longtemps condamnées à la monoculture intensive et inhumaine du coton, puis surtout de la canne. La greffe végétale peut être lue comme subversion de l’unique, comme le signe de l'urgence à recycler, recomposer, défamiliariser le monde qui prévaut chez Jamaica Kincaid : art de la survie de l’écriture, du vivant. Le motif de la greffe permet de décentrer encore un peu le rhizome, adapté par Edouard Glissant d’après Gilles Deleuze et Félix Guattari, symbolique de la non-hiérarchisation des genres et des voix dans ces littératures de la Caraïbe qui ne cessent de dialoguer avec les sciences de la vie (cf. /La Isla que se Repite/ de Benitez Rojo) et notamment avec la botanique, anticipant les études de l’éco-critique apparues dans les années 1990.


La greffe, c’est aussi le double mortifère, la fin d’une espèce, l’avortement, le choix de ce qui n’est pas naturel et qui interrompt les cycles. C’est encore la tangente prise, cet espace tiers théorisé par Homi Bhabha, concept précieux pour qui s’intéresse aux phénomènes diasporiques, qui traversent l’imaginaire de cette écrivaine, Jamaica Kincaid, laquelle dit n’avoir pu devenir auteur qu’en partant de chez elle, à peine adulte, en direction des Etats-Unis. Son jardin largement imaginaire, fait de Caraïbe et de Nouvelle-Angleterre, où poussent entre autres plantes les herbes médicinales repérées par les esclaves débarqués par le trafic triangulaire et les jonquilles de Wordsworth, est paradoxalement une image de déracinement, ou à tout le moins de dérive.


On s’intéressera aussi aux greffes génériques, qui permettent au récit de se faire document, et vice versa (/My Garden (Book):/, /Among Flowers: A Walk in the Himalaya/), à l’autobiographie ou au roman de basculer dans l’essai (/See Now Then/), ou à la nouvelle de devenir flux poétique en prose (/At the Bottom of the River/), au statut incertain de nombre de ses textes brefs (« Biography of a Dress »). Ces passages sont placés, à l’instar du style si particulier de Kincaid, sous le double signe de la rupture et de la continuité, rappelant les analyses de Jacques Derrida sur la brisure ou celles de Derek Walcott sur le fragment et la totalité rapiécée.


Le jardinage comme pratique manuelle peut permettre d’envisager la production de l'écrivaine comme une fabrique, un espace du peu où le travail de la main et du pied peut s’exercer. L’artisanat botanico-graphique de l'écrivaine serait alors une sorte de /craftswomanship/, permettant d’obvier les attendus de genre et de race, par des déplacements subtils mais systématiques de point de vue (/See Now Then/), d'éradiquer (/uprooting/) les pièges des catégories de tout ordre. On pourra dès lors aussi s’interroger sur les formes artistiques non littéraires, photographie, musique ou dessins, qui prolifèrent dans ces textes, présences symptomatiques des modes d’engendrement et du surgissement de l’écriture.

 

Comité organisateur
Corinne Bigot, Université Toulouse Jean Jaurès, CAS, EA801
Andrée-Anne Kekeh-Dika, Université Paris 8, TransCrit (transferts critiques anglophones) EA 1569,
Nadia Setti, Université Paris 8, LEGS (Laboratoire d'Etude de Genre et de Sexualité)
Kerry-Jane Wallart, Université Paris-Sorbonne, VALE EA 4085, Voix Anglophones, Littératures et Esthétiques
Jamie Herd, Université Paris 8

Comité scientifique
Kathie Birat, Université de Lorraine
Giovanna Covi, Università degli Studi,Trento 
Claire Joubert, Université Paris 8 
Françoise Kràl, Université de Caen Basse Normandie
Françoise Simasotchi, Université Paris 8
Alexis Tadié, Université Paris-Sorbonne
Héliane Ventura, Université Toulouse Jean Jaurès

Dernière mise à jour le 23/05/2017 - 16:43