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Compte-rendu des Journées des Jeunes Américanistes 2018

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La neuvième édition des Journées des Jeunes Américanistes s’est déroulée les 21 et 22 mai derniers dans les locaux de l’Institut Français d’Amérique Latine (IFAL) à Mexico.

En premier lieu, il convient de rappeler la nature de ces journées. Organisées conjointement par le CEMCA (México), l’IFEA (Lima), la Casa de Velázquez (Madrid) et l’UNED (Madrid) et se déroulant simultanément sur les deux continents et aires culturelles, Europe et Amérique Latine, les JJA permettent un espace de débat et de rencontre unique, international, interinstitutionnel et transdisciplinaire, entre doctorants et jeunes docteurs issus de disciplines et de pays différents, travaillant un sujet en commun. Au final, cette édition 2018 a réuni 21 exposants, venus de 6 pays et de 5 disciplines différentes afin de débattre au cours de 5 tables rondes le thème de la violence dans les Amériques : quelles catégories d’analyse, quels acteurs, quelles représentations possibles, quelles méthodologies et apports épistémologiques ?

La violence dans le continent américain a été et reste un sujet essentiel, tant celui-ci est présent dans le quotidien. A ce titre, au cours des JJA, nous avons questionné le contexte de violence extrême qui submerge le continent comme point d’entrée pour une montée en généralité théorique, comme si ce contexte pouvait être un observatoire privilégié des phénomènes de violence à différentes échelles spatio-temporelles.

Séance d'inauguration des JJA

Les axes thématiques dégagés et la pluralité des participants ont apportés une grande richesse intellectuelle à cette dernière édition. Premièrement, la conférence inaugurale de Dorothée Delacroix a permis de poser des éléments essentiels qui pouvaient à la fois faire écho au travail de chacun et être repris dans les discussions suivantes. En effet, en travaillant sur les communautés affectées pendant le conflit armé péruvien des années 80 et 90 et en montrant la manière dont les disparus pendant cette guerre prenant alors la forme de ‘fantômes’ participaient encore à la vie sociale de la communauté en orientant conduites et décisions des acteurs sociaux sur fond de pensée religieuse et mystique et de luttes mémorielles, cette conférence a permis de travailler des notions de contexte, de catégories d’analyse et de méthodologie.

Les cinq-tables rondes qui suivirent ont à leur tour permis d’aborder des problématiques spécifiques ainsi que des méthodologies différentes allant des acteurs de la violence, des contextes, des représentations de la violence, des notions de frontières et de territoires, de la question du genre et enfin de la vulnérabilité. Ont ainsi été abordés les conflits armés péruvien et salvadorien avec toutes les questions de luttes mémorielles qui en découlent, les migrations centraméricaines avec des notions de territoires et d’externalisation de frontières, la question indigène notamment avec les enjeux de résistance et de représentativité politique, les ‘carrières’ délinquantes de jeunes de quartiers urbains marginalisés ou de lésés par arme à feu, ainsi que les représentations de la violence dans des genres cinématographiques populaires ou bien dans l’art contemporain mexicain.

Pendant la table-ronde 3 "Territoires, frontières et violences"

En écho à la table ronde sur les représentations de la violence, cette neuvième édition a inclut dans son programme une représentation théâtrale du collectif « Campo de Ruinas » portant sur le cas des disparitions forcées auprès de la jeunesse étudiante au cours de la dernière décennie dans la ville de Mexico. La pièce de théâtre pensée comme participative et immersive s’est déroulée dans la scène indépendante du Teatro Lucido. Cette participation, relativement atypique dans le cadre d’un événement scientifique, s’est basée sur plusieurs éléments: la volonté d’offrir aux participants non nationaux une possibilité d’immersion au contexte de violence mexicain, la volonté d’alimenter le débat autour des arts visuels et des représentations de la violence afin de générer une réflexion fertile et décloisonnée du monde universitaire, et enfin celle de permettre un moment informel de socialisation entre les participants.

Enfin, cette dernière édition des JJA a également eut pour particularité le lien avec le colloque international « Le corps de la violence » porté par Caroline Perrée dans le cadre d’un Fonds d’Alembert qui s’est déroulée du 22 au 24 juin au Musée Universitaire d’Art Contemporain (MUAC) et au musée Mémoire et Tolérance, à Mexico, et auquel les participants aux JJA ont également dû assister. Ce colloque a réuni des chercheurs, des ONG, des artistes et des acteurs de la société civile qui travaillent sur ou en contexte violent.

Dernière mise à jour le 24/07/2018 - 14:47